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L’hôpital public est aujourd’hui amené à repenser ses organisations et notamment ses modalités de prise en charge des patients, pour des raisons financières et stratégiques. Dans ce contexte, on assiste à une augmentation du nombre d’admissions en mode ambulatoire dans le paysage hospitalier français. Ces prises en charge permettent de fluidifier la file active des patients et de […]

Jacques Touzard, directeur d’hôpital, et Gérald Kierzek, médecin urgentiste, sont des enfants de la génération HPST, du nom de cette loi ayant pour objectif de ramener les hôpitaux publics à l’équilibre budgétaire en 2012. Ils lancent aujourd’hui un appel pour sauver l’hôpital public.

L’hôpital public est le miroir de notre société et le fer de lance de la solidarité au sein de notre système de santé. Nous, médecin et directeur d’hôpital, avons le devoir de pérenniser les valeurs qui nous ont été transmises et si nous devons vivre nos futures années professionnelles sous l’autorité de la loi « Hôpital, patients, santé, territoires » (HPST), nous craignons de ne plus pouvoir appliquer ni enseigner ces valeurs.

La loi HPST a eu le courage de reposer le débat de la planification sanitaire en France. La santé est la première richesse des Français, et les pouvoirs publics avaient le devoir de présenter à nos concitoyens une réforme d’avenir du système de santé en France au 21ème siècle. En renforçant le rôle de l’Etat, via les Agences Régionales de Santé, dans le pilotage de l’offre de soins dans les régions, les pouvoirs publics ont donné une ligne directrice à notre système de soins, qui en manquait cruellement jusqu’alors…

Un mouvement de privatisation inquiétant

Aujourd’hui pourtant, le mouvement de privatisation de l’hôpital et la bureaucratisation croissante nous inquiètent car ils menacent l’équilibre de notre contrat social. Nous ne voulons pas d’un système de santé dans lequel il faudra sélectionner les patients pour être rentable. Nous ne voulons pas d’un système reposant sur la concurrence entre les structures et entre les hommes.

Il y a urgence à repenser l’hôpital car la situation se dégrade de jour en jour. Nous sommes conscients des évolutions de la société, de la médecine et de la situation financière de notre pays, aussi faut-il envisager toute forme d’idée nouvelle en matière de financement et de fonctionnement. Mais cette mutation indispensable ne peut s’exonérer de ce qui fait le socle de l’hôpital public : les valeurs de la République et le serment d’Hippocrate.

Mais ce n’est pas en partageant les missions de service public avec des acteurs du secteur privé qui ne jouent pas le jeu de l’intérêt général et qui n’acceptent que les soins à forte rentabilité financière, ni en cherchant une convergence tarifaire absurde entre le secteur public et les cliniques que l’hôpital public se transformera ; au contraire cela le tuera.

Nous ne faisons pas les mêmes missions que le secteur privé, nous ne programmons pas nos séjours hospitaliers, nous ne choisissons pas nos patients et il est donc logique que nos coûts par séjour soient supérieurs à ceux du privé. Ce n’est pas non plus en démédicalisant les décisions ni en opposant les gestionnaires aux soignants, ou les soignants aux soignants, contraignant ces derniers à opérer eux-mêmes des arbitrages économiques au détriment des patients.

Soigner doit rester notre seul objectif

Les seules économies éthiquement acceptables et peut-être rentables sur le long terme sont celles découlant de la qualité des soins. Dès lors, soignants et soignés doivent être replacés au centre de la politique de santé et de la gouvernance de l’hôpital ; nous sommes en effet passés de l’autorégulation mandarinale dont notre génération n’hérite que de la dette, à une autocratie managériale insupportable et souvent contre-productive.

Il est urgent de miser de nouveau notre capital confiance dans les valeurs professionnelles, sources d’efficience au bénéfice de tous : les patients bien sûr, les soignants ensuite dont l’épuisement physique et psychique n’a d’égal que leur dévouement, et les gestionnaires enfin, garants de ce grand service public hospitalier. Il faut réinsuffler la pensée médicale et humaniste dans le management hospitalier.

Sauver l’hôpital public, c’est agir pour une société plus juste, une vision globale de notre avenir collectif.

Notre inquiétude repose sur un questionnement simple : par qui et comment seront soignés nos parents, nos enfants et nous-mêmes dans les cinquante prochaines années ? En matière de santé, les oubliés de la République ne doivent pas exister.

Parce que l’hôpital est un observatoire privilégié de l’état de la République, nous en appelons solennellement aux futurs candidats à l’élection présidentielle pour qu’ils se pressent au chevet de l’hôpital public.

Plus que jamais en cette période de crise, la santé (dont l’hôpital public) doit être un thème prioritaire de la campagne de 2012 ; l’hôpital public ne doit pas être sacrifié sur l’autel de théories financières et managériales d’outre-Atlantique, celles-là mêmes qui ont conduit l’ensemble de la planète à la crise économique et financière. Au contraire, la République doit y investir pour économiser, peut-être… demain.

Nous sommes les dépositaires d’une tradition républicaine, dans laquelle la solidarité doit être le moteur de nos politiques publiques de santé.

Nous, les enfants de la génération HPST, médecins et managers hospitaliers, avons le devoir d’agir et de réagir ensemble, pour que notre système de santé et l’hôpital public continuent à être des modèles de solidarité en Europe et dans le monde. C’est aussi ça le « made in France » !

Jacques Touzard
Directeur d’Hôpital
Ancien Conseiller technique au Secrétariat d’Etat chargé de la politique de la ville

Dr Gérald Kierzek
Médecin des Hôpitaux – Urgentiste
Secrétaire Général de l’Association “l’Hôpital pour tous”

Les hôpitaux sont donc au sein d’une délicate équation : investir plus pour produire plus d’activité, et en même temps revenir à l’équilibre financier, ce qui suppose une maîtrise des dépenses et un investissement contenu et limité. La rentabilité des investissements en matière hospitalière ne peut se dessiner et se mesurer que sur une échéance […]